Jeunes en milieu rural

Précarité et sous-emploi

02 Jan 2017
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Les disparités ville/campagne en matière d'accès à l'emploi pour les jeunes, persistent toujours, malgré tous les efforts que les pouvoirs publics ont entrepris en direction des zones rurales entre 2009 et 2014, à travers les projets de proximité, de développement rural intégré et les subventions accordées au secteur de l'agriculture professionnelle. Le retour de certaines populations vers leurs villages, après un « exil » forcé dû à l’insécurité des années 1990, a été sanctionné par une forme de déception face au rétrécissement des chances d’accéder à un emploi. Depuis 2015, même les petits métiers exercés au sein des entreprises locales, pour des travaux financés sur les plans communaux de développement (PCD) -comme les travaux d’assainissement, l’aménagement de chemins vicinaux ou communaux, les opérations d’amélioration urbaine pour les chefs-lieux de communes- commencent à se réduire en peau de chagrin suite à la réduction drastique de ces plans induite par une politique d’austérité budgétaire et de recul des recettes communales. Les autres formes de formation des revenus- par exemple, s’installer à son propre compte à travers la création d’une micro-entreprise-, ne sont pas, non plus, une entreprise de tout repos. Depuis la constitution du dossier primaire jusqu’à la commercialisation du produit et en passant par le crédit bancaire, le chemin de croix est le destin le mieux partagé par les jeunes, aboutissant parfois à des revers traumatisants où les jeunes s’exposent à des poursuites judiciaires pour n’avoir pas pu rembourser les prêts bancaires.

Une prise en charge insuffisante

En octobre dernier, lors d’un atelier organisé par le Centre de Recherche en Economie Appliquée pour le développement (CREAD), des experts ont fait état de « l’insuffisance de la prise en charge de la problématique de l’emploi de jeunes en milieu rural ». Les intervenants ont recommandé de « lancer une réflexion nationale pour faciliter l’accès de cette frange de la population à un emploi décent ». L’étude-diagnostic, réalisée dans le cadre d’un projet régional, encadré par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) sur « la promotion de l’emploi agricole décent des jeunes en milieu rural dans les pays du Maghreb », relève que les  » jeunes ruraux font face à la précarité de l’emploi et au problème du sous-emploi ». Ainsi, le taux de chômage en milieu rural est évalué à 8,2%, en 2015, avec un taux de 7,5% chez les jeunes (15-24ans), soit un peu au-dessous de la moyenne nationale, qui est officiellement de 9,9%.

Une catégorie ignorée par les dispositifs de soutien à l’emploi

Pour le sociologue Saïb Musette, travaillant pour le compte du CREAD, cette frange de la jeunesse rurale « est une catégorie ignorée par les dispositifs de soutien à l’emploi », tout en estimant que cette jeune population « pourrait constituer une main-d’œuvre pour réussir le développement de l’agriculture et la diversification de l’économie nationale ». Il relève cependant que les agences d’intermédiation- entités pouvant créer des emplois dans ce milieu spécifique- sont faiblement installées dans l’arrière-pays rural. L’un des constats les plus parlants dans certaines zones rurales, est cette profusion de nouveaux logements ruraux, construits avec le soutien de l’Etat et disséminés sur plusieurs kilomètres carrés et dont une grande partie demeurent inhabités. Certaines demeures sont louées pour servir de hangars ou de bergeries. Leurs propriétaires avaient, un certain moment, cru à la possibilité de se réinstaller définitivement dans leurs anciennes bourgades, mais, faute de travail stable, ils se sont résolus à continuer à habiter dans la ville- parfois, dans des conditions de grande précarité-, et faire des allers-retours vers leur village d’origine pour des activités rudimentaires, qui ne sont pas à même de générer des revenus. En outre, malgré la volonté de retour sur les terres ancestrales, et nonobstant les efforts de l’Etat d’accompagner ce mouvement par le développement des infrastructures, équipement et services publics, cela demeure encore loin du compte. Des hameaux entiers sont dépourvus d’électricité, bien que des logements ruraux y soient construits. La Sonelgaz établit des devis de raccordement (poteaux, transfos et câblage) tellement élevés, qu’ils ne peuvent être pris en charge par aucune structure. D’où la nécessité d’opter pour les modules d’énergie solaire qui ont fait leurs preuves dans plusieurs régions des Hauts Pleaux et du Sud.

Dégager de nouvelles opportunités pour une meilleure employabilité

 

L’étude-diagnostic souligne que « l’instabilité de l’emploi, l’absence de  couverture sociale sont parmi les facteurs qui poussent les jeunes à quitter leur travail, alors que 70% de ces jeunes ruraux travaillent dans l’informel », en indiquant que 27,1% des jeunes sont inactifs, c’est-à dire, ne sont ni à l’école, ni en formation ni sur le marché du travail. Les intervenants estiment qu’une telle situation est porteuse de risques sur la société en général. « C’est une population à risque, en plus elle ne bénéficie pas de couverture sociale ni médicale. Pour moi c’est un danger », estime l’expert du CREAD. Le métier qui, en apparence, devrait offrir toutes les opportunités d’emploi aux jeunes ruraux, c’est bien celui de l’agriculture. Cependant, « les jeunes fuient cette activité en raison de son caractère informel, des conditions de travail difficiles et parfois dangereuses, l’absence de couverture sociale et l’instabilité », soulignent les auteurs de l’étude. « Nous voulons connaître la problématique et essayer d’inciter les différentes institutions à réfléchir ensemble afin de dégager de nouvelles opportunités qui attirent les jeunes dans le milieu agricole, en utilisant les technologies nouvelles », a indiqué Saïd Helal, expert dans le bureau sous-régional de la FAO.

Amar Naït Messaoud

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