Yasmine Amhis, jeune physicienne algérienne récompensée par l’Académie française des Sciences ?

28 Déc 2016
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Yasmine Amhis, jeune physicienne algérienne, vient de remporter le prix Jacques Herbrand 2016 de l’Académie française des Sciences. C’est un prix qui récompense l’ensemble de ses travaux de ces dernières années. Ce prix, la chercheuse en est bien sûr heureuse. C’est une distinction importante et très valorisante, explique-t-elle. « Mais il faudrait être fou pour prendre la grosse tête. Je suis bien sûr très contente d’avoir reçu ce prix, et je suis très contente pour mes parents aussi ! Mais je pense que ça aurait pu arriver à beaucoup de mes collègues », explique-t-elle.

Un bac en Algérie, des études supérieures en France et en Suisse

Née à El-Biar, Yasmine Amhis a passé son baccalauréat en Algérie, avant de partir poursuivre ses études supérieures en France, en 1999. « Je voulais voyager et faire des études à l’étranger, et la France c’est ce qu’il y avait de plus facile à gérer, compte tenu de la gratuité des études et de la proximité avec l’Algérie », explique-t-elle. De plus, la France reste l’un des rares pays où l’on a une chance d’avoir un poste dans le domaine avant ses 40 ans, selon la chercheuse. De parents médecins, la chercheuse a d’abord tenté le PCEM (concours d’accès aux études de médecine), avant de décider de se tourner vers la physique. Pourquoi la physique ? « Par curiosité », explique Yasmine. « Ce que j’aime en physique fondamentale, c’est le fait que ce soit une science qui essaie de répondre aux grandes questions, comment marche l’univers… Et j’aimais la démarche logique. Je n’ai jamais aimé le par cœur ! » *rires* Après un cursus équivalent à Licence-Master-Doctorat à l’université Paris 11, Yasmine effectue un post-doctorat à l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) en Suisse, avant de revenir travailler à Paris. Les chercheurs algériens qu’elle a rencontrés l’ont dissuadée de tenter de faire de la recherche fondamentale en Algérie, explique-t-elle, faute de moyens. D’ailleurs, en France, elle a rencontré peu de chercheurs algériens en physique fondamentale.

Comprendre la différence entre matière et antimatière

Yasmine Amhis travaille à présent au Laboratoire de l’Accélérateur linéaire, un laboratoire de recherche en physique fondamentale qui fait partie du CNRS. La jeune chercheuse participe à l’expérience LHCb, Large Hadron Collider beauty, menée au CERN à Genève. L’expérience est menée grâce au LHC (Large Hadron Collider), accélérateur de particules géant, et porte sur la violation de CP. « Dans le LHC, on fait tourner des protons à une vitesse presque égale à celle de la lumière. Ils se rencontrent dans des collisions provoquées, et le détecteur LHCb enregistre les particules créées lors de ces collisions. Le but principal est de comprendre la différence entre matière et antimatière, et les lois qui régissent le comportement de ces particules. C’est de la physique fondamentale pure, le but n’est pas le débouché industriel, même si l’histoire montre qu’il y a toujours des débouchés qui retombent sur la société. J’ai de la chance de travailler sur tout ça. » Comment a-t-elle réussi ? « J’ai beaucoup travaillé », explique-t-elle. « Et j’étais très curieuse et motivée. Et l’un des avantages de l’université, c’est que les enseignants sont de vrais chercheurs. Il ne faut pas avoir peur d’aller leur parler. Je crois que j’ai parlé à tous les professeurs de physique que j’ai eus à l’université. » Yasmine a aussi commencé très tôt à faire des stages afin de se confronter à la réalité de travail de chercheur et de constater que cela lui plaisait. « C’est un métier qui requiert de l’organisation et d’être presque psychorigide pour être systématique », affirme-t-elle. « Il vaut mieux s’y être confronté en stage avant de se lancer ». La chercheuse raconte par ailleurs qu’elle a tenté trois fois le concours du CNRS avant d’obtenir un poste. « La compétition est très rude, et elle est internationale ».

Le soutien de la famille

Yasmine affirme aussi devoir sa réussite aux encouragements de sa famille, et à une culture du travail inculquée par ses parents et par ses grands-parents, instituteurs. « Je me souviens, le soir, mes sœurs et moi nous nous installions toujours à table pour faire nos devoirs, et nos parents veillaient à ce que tout soit fait correctement. Et mes grands-parents m’ont appris à travailler aussi en français ». Pour une femme, réussir dans le monde traditionnellement masculin de la physique n’a pas toujours été chose facile. Là aussi, les encouragements de sa famille ont beaucoup joué. « Mes parents ne m’ont jamais dit : tu n’es qu’une femme, donc tu ne peux pas faire ceci ou cela. Et par rapport à beaucoup de filles, j’ai eu beaucoup de chance », estime-t-elle. Pour elle, pour qu’il y ait plus de femmes en sciences, il faudrait apprendre aux petites filles dès le primaire qu’il n’y a pas que les garçons qui sont bons en maths. « On ne leur apprend pas à avoir confiance en elles », déplore-t-elle, « et ça donne lieu à une autocensure. Les garçons se permettent d’oser, quitte à se tromper, et ils ont raison ! Ce n’est pas grave de se tromper ! Les filles, elles, n’osent pas assez. Il faut un entourage qui pousse vers la réussite ».

Ses recommandations pour les étudiants

Au quotidien, Yasmine se rend régulièrement au CERN, travaille sur l’analyse des données de la recherche dans son bureau du laboratoire de l’accélérateur linéaire, et participe à la vie du laboratoire. Elle enseigne aussi parfois, et insiste sur l’importance qu’il y a à échanger et à apprendre de ses étudiants pour redécouvrir des choses et des notions qu’on manipule au quotidien. Elle aime aussi lire, se rendre à des expositions, au cinéma… « Je ne suis pas un rat de labo ! », s’exclame-t-elle. Parfois, elle se rend aussi à Alger, où elle apprécie de se promener en ville avec son père et de s’asseoir et discuter dans le salon de sa grand-mère. Son conseil aux étudiantes et aux étudiants en sciences, c’est de beaucoup lire, de se cultiver non seulement en sciences, mais aussi dans les autres domaines. « Il faut acquérir un bagage scientifique et culturel et apprendre à connecter les choses entres elles ». En physique, elle recommande la lecture des cours de Feynman, dont certains se lisent « comme de la prose ». Elle-même apprécie la lecture de romans et de poésie, parmi lesquels Lettres à un jeune poète de Rainer Maria Rilke et plus récemment Petit Pays de Gaël Fay. L’idéal de Yasmine Amhis, c’est de continuer à faire des sciences et d’être curieuse, humble, sans jamais devenir cynique. « J’aimerais continuer à apprendre, et ne pas perdre la petite lumière qui donne envie de continuer à chercher », dit-elle. Pour les prochaines années, la chercheuse a le projet de continuer à travailler sur l’expérience LHCb ainsi que sur une autre expérience 

Dernière modification le mercredi, 28 décembre 2016 16:26
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