Aux temps de l’hallali

16 Juil 2017
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L’édition algérienne de « Meursault. Contre-enquête » de 2013, passée inaperçue chez Barzakh, est plébiscitée en réédition en France chez Actes-sud sept mois plus tard. La raison majeure, nous semble-t-il, ne pourrait seulement s’expliquer par le silence de la presse algérienne sur ce roman à sa parution en Algérie – même si l’auteur a, lors du Salon du livre d’Alger de 2013, attiré grand monde lors de ses séances de vente-dédicace au stand Barzakh. C’est que le lectorat en Algérie ne s’est pas encore constitué en tant que tel, comme une institution culturelle, ayant ses traditions livresques, ses réseaux d’informations et que la presse algérienne, étatique et privée, n’a pas de lecteurs professionnels, payés pour ce faire, dans les équipes rédactionnelles. A cette indigence des supports médiatiques consacrés à la littérature, s’ajoutent les fermetures crescendo des librairies et la faiblesse des catalogues d’éditeurs algériens dans la promotion de jeunes talents, s’investissant de plus en plus dans les achats de droits d’auteurs de livres anciennement paru dans l’hexagone. Et, puisque « Meursault. Contre-enquête » de Kamel Daoud réfère dans sa thématique à l’Histoire de l’Algérie et à celle de la littérature algérienne des Français, il est important de relever que durant ces vingt dernières années, près d’une centaine de romans d ’auteurs français sur la guerre d’Algérie de veine camusienne ont paru en France tandis qu’en Algérie, les fictions d’auteurs algériens sur cette même période de l’histoire se comptent sur les cinq doigts de la main. C’est pourquoi, faute d’un contexte éditorial qui eût pu propulser le roman de Kamel Daoud en Algérie, « Meursault. Contre enquête », dans le foisonnement des publications d’auteurs français qui s’accaparent de la guerre de l’Algérie, a trouvé terrain fertile dans les débats des médias français, d’autant que sa parution a coïncidé avec le centenaire de la naissance d’Albert Camus passé sous silence en Algérie, même si la position de Camus sur l’indépendance de l’Algérie, controversée et condamnée durant plusieurs années, semble susciter plus d’intérêt intellectuel et historique. Ainsi, après avoir été nominé à trois reprises et fortement pressenti au prestigieux prix Goncourt, Meursault. Contre-enquête s’est vu décerné plusieurs prix avant d’être consacré Prix Goncourt du premier roman, à défaut du Goncourt revenu à Lydie Salvayre pour son roman « Pas pleurer » (Seuil, 2014). C’eût été non pas seulement un événement mais un Avènement dans l’histoire de la littérature algérienne si le roman avait accédé au prix Goncourt, sachant qu’aucune plume aussi prestigieuse que celles de Kateb Yacine, Mohamed Dib et Assia Djebar n’y a accédé. Précisons que “Meursault, contre-enquête” n’est pas le premier roman de Kamel Daoud. Hormis les recueils de nouvelles publiés aux éditions Dar El Gharb (Prix de la nouvelle Mohamed Dib), l’auteur a auparavant publié un roman « Ô Pharaon » (Dar-El Gharb, 2005) ; une satire politique de l’Algérie des années 1990 autrement plus percutante dans sa forme et son sujet que ne l’est Meursault, contre-enquête qui est un « intra-roman » de  « L’Etranger » d’Albert Camus. Le même phénomène a concerné ce roman  « O Pharaon »  construit sur l’horreur du « Grand Massacre » du terrorisme islamiste dans la région de Had Chekala dans l’Ouest algérien ayant fait mille morts en une seule nuit, minimisé à outrance par le pouvoir algérien de l’époque, jusqu’à ce que Kamel Daoud, en tant que journaliste, ait révélé l’ampleur de la tragédie. Ce texte, d’une puissance esthétique inégalée à ce jour sur l’horreur de la décennie noire ou rouge, est également passé inaperçu dans les colonnes de la presse algérienne et, n’en parlons pas, des médias français. Deux « Arabes » et un mort Kamel Daoud a eu l’impertinence qui le caractérise de réveiller le flegmatique Meursault par sa victime « arabe ». L’idée est géniale, le rythme et l’originalité esthétique du roman tout autant. Dans “Meursault, contre-enquête”, le lecteur lit deux romans en même temps ; peut-être plus “L’étranger”  d’Albert Camus que celui de Kamel Daoud qui en fait un puissant et délirant réquisitoire, du moins en sa partie « événementielle » : la célèbre scène de « l’assassinat de L’arabe » sur une plage, l’été, à l’heure du zénith, par le personnage-tueur, pied-noir de surcroit : Meursault. Ce passage du meurtre de « L’arabe » dans   « L’Etranger », relativement court, a suscité de vifs débats et donné lieu, depuis longtemps, à des lectures aussi passionnelles que controversées et Kamel Daoud en fait le moteur narratif de son texte, de son imaginaire et de sa verve syntaxique. Fallait-il donc attendre soixante dix ans pour que justice soit faite et que, dans une réplique littéraire, cet « Arabe » tué pour rien ou pour tout, ait enfin un visage. Mais le narrateur, Haroun, qui se saisit de l’affaire est le frère de « L’Arabe » « chaudement assassiné » dans le roman, sans nom, sans dépouille, sans tombe ; Ce narrateur, donc, avec sa mère, va reconstituer le puzzle de ce crime, lui donner du sens historique, révéler la carte d’identité de la victime, son histoire personnelle, puisqu’ il ne s’agira plus de ce qualificatif générique, péjoratif de « L’arabe » sous la conquête coloniale, mais bien d’une personne ayant une famille, des racines, un prénom, un double prénom même: Moussa Zouj ( puisqu’il a été assassiné à « « quatorze heures ». Moussa Zouj est le frère aîné du narrateur, l’enfant chéri de la mère qui va jusqu’à faire de son puiné, Haroun l’enquêteur, le fantôme de son premier fils assassiné, disparu. Haroun est désormais « le frère du mort ». S’amorce alors une quête, une enquête sur Moussa Zouj, ayant une traçabilité familiale, un être de chair et de sang. Dans son réquisitoire, haletant et délirant, Haroun confond personnage et auteur, s’adressant tantôt à l’un et à l’autre, leur donnant la parole parfois, en même temps que, assis dans un bar déserté, il se confie au barman lequel aussi a quelques répliques courtes et nuancées. Dans cet enchevêtrement énonciatif épais d’une multiplicité de « je », Moussa Zoudj à aucun moment du récit ne recouvre la parole comme il l’est dans L’Etranger de Camus. Il reste une « non personne ». Y a-t-il alors deux « arabes » antithétiques ? Celui de l’endroit camusien et de l’envers daoudien ? En cherchant à réhabiliter en quelque sorte son frère ainé, le narrateur filial, Haroun, ne conforte-t-il pas Meursault dans son crime ? En effet, Moussa Zouj est tué par Meuseault pour une histoire de fait-divers, ainsi son meurtre ne s’inscrit pas dans la sphère historique tout comme l’est Meursault. Kamel Daoud n’en fait-il pas un prototype de la misère coloniale, entièrement soumis au désidérata du colon, de « Meursault » ? Ce misérabilisme indigéniste ambiant comme antécédent originel du supposé Moussa Zouj, en tant que produit malheureux de la conquête coloniale, est dans le regard même de Meursault, dans son acte assassin légitimé donc, à son corps défendant, par un plaidoyer du narrateur pris dans le « traquenard narratif » de “L’Etranger” . Pourtant, se défend Kamel Daoud « Je voulais que le roman fonctionne comme une reprise de parole. Autant quelqu’un a parlé et dit -maman est morte aujourd’hui - autant mon narrateur veut frapper très fort et reprendre cette parole comme un défi. Mon narrateur c’est quelqu’un qui reprend l’histoire, donc qui reprend la parole, reprend la même violence dans cette parole-là. De plus, mon narrateur estime qu’il a le droit d’être écouté. C’est pour cela qu’il dit, emploie - encore -, en voulant dire - moi par rapport à l’autre, ma mère est encore vivante - c’est à dire qu’il a plus de droit de raconter quelqu’un d’autre. L’arabe de Camus c’est quelqu’un de totalement effacé, qui a été tué, qui est mort avant même de naître. Par contre, mon narrateur à moi, c’est un personnage qui parle, qui revendique, qui a vécu deux époques la colonisation et la décolonisation. C’est d’abord un homme de deux époques, un homme de deux mondes, il connaît deux langues, il a vécu entre deux histoires… ». Meursault behavioriste Traquenard narratif, disions-nous, du fait que Meursault n’a pas de conscience ; c’est une « boite noire » dont il est vain de chercher une explication à son meurtre. Dans son essai « Le roman français depuis la guerre » (Gallimard, 1963), Maurice Nadeau relève cet aspect béhavioriste du personnage camusien : « Dans “L’Etranger”, Camus a choisi la démarche narrative et les procédés d’écriture des romanciers américains, d’Hemingway par exemple. Romancier ‘’objectif’’ , il s’interdit d’intervenir dans le destin de ses personnages, de parler à leur place, d’expliciter leurs pensées et sentiments. Il se borne à décrire les faits et gestes de son héros, Meursault, de noter les phases de son comportement selon la discipline ‘’behavioriste ‘’. Meursault n’ ‘’existe’’ pas : il ne fait que réagir aux impulsions qu’il reçoit. La mort de sa mère ne suscite de sa part aucune extériorisation de sentiment : il n’a rien à en dire. Il devient un assassin à cause d’une plage, d’un arabe, du soleil, d’un revolver qu’il a dans sa poche. D’un concours de circonstances qu’il n’a ni cherchées ni voulues. Il assiste à son propre procès sans se sentir concerné en rien par les débats, le portrait qu’on fait de lui, le réquisitoire, les plaidoiries, le verdict même. Il marche à la guillotine sans un mot, comme s’il n’était pas celui qu’on va exécuter. Coupable d’un meurtre ? Qu’est-ce qu’un meurtre ? Qu’est-ce qu’être coupable ? Tout le désigne comme une victime de forces anonymes, conjurées à sa perte. Sa mort n’a pas plus de sens que sa naissance, que sa vie… ». Comment alors mener une « Contre-enquête » sur son « prétendu » crime au risque de se prendre dans ce guet-apens camusien ? La scène du crime peut-elle être isolée de son contexte romanesque ? « Meursault. Contre-enquête » n’est pas le seul roman à susciter de vives polémiques depuis l’indépendance. La plus récente est celle de « Le village de l’Allemand ou le journal des frères schiller » (Gallimard, 2008)  de Boualem Sansal fustigé par la presse algérienne et son auteur accusé de pro- Israelite, voire de sioniste. La récente polémique sur le livre  « Si Bouaziz Bengana, le dernier roi des Ziban » ( Riveneuve, 2017)  écrit par son arrière-petite fille, Feriel Furon, invitée à ce titre sur Canal Algérie, est symptomatique de cette hystérie de pseudo- nationalistes, vigiles piteux se disant offusqués par ce pauvre bachagha, allié à la France coloniale « coupeur d’oreilles », mais qui, dans le même temps, font des courbettes aux émirs sanguinaires du G.I.A » autrement plus barbares que Bouaziz Bengana sorti de son contexte historique dans lequel pourtant il a écrit un ouvrage intitulé « Le cheikh el Arab. Etude historique sur la famille Bengana” paru aux éditions Carbonel en 1930. Des polémiques sous aboiements Sur ces levées de boucliers contre les livres, l’écrivain Boualem Sansal nous confiait : «  Ce ne sont pas les romans ou les auteurs qui font les polémiques, les écrivains veulent que leurs livres soient lus et discutés, pas jetés au feu et se voir eux menacés. Ce sont les lecteurs, le public, la société qui font la polémique et souvent pour des raisons qui n’ont rien à voir avec ces livres et ces auteurs. Les Algériens ont vécu des moments difficiles, ils sont en colère, ils sont angoissés, ils ont les nerfs à fleur de peau, ils sont pris dans un système sclérosé qui a sclérosé les pensées de beaucoup de gens. Dans une société apaisée et ouverte, Le Village de l’Allemand serait passé inaperçu, en tout cas il n’aurait pas soulevé la tempête qu’il a soulevée en Algérie. Regardez, ce roman qui met les Allemands devant leur terrible passé nazi a été très bien reçu en Allemagne, Il a été lu, discuté, critiqué éventuellement, tout ça calmement. Il a été reçu de la même manière en France alors que le livre contient une critique forte du gouvernement français que j’accuse d’avoir abandonné ses banlieues et leurs habitants au pourrissement. En Algérie, ce fut un torrent d’insultes et de menaces alors que le livre n’a le plus souvent pas été lu pour ceux qui le critiquaient avec rage. Mais avant Le Village de l’Allemand, il y a eu de grandes polémiques autour de Poste restante à Alger ,et avant cela autour de mon premier roman Le serment des barbares. Cela dit, l’esprit de polémique a touché d’autres auteurs, notamment, Anouar Benmalek, Salim Bachi, Yasmina Khadra, Malika Mokaddem, etc. Mais bon, avec le temps et la démocratie, ces comportements sont appelés à disparaître. Imaginez ce qui se passerait si dans un pays comme la France qui publie chaque année, à la rentrée de septembre seulement, plus de 800 romans, on faisait autant de polémiques que chez nous où au mieux nous avons à chaque rentrée au plus une dizaine de livres à lire. Il y a à peine 20 ans, on vous lynchait si vous critiquiez le socialisme ou la révolution agraire, aujourd’hui vous pouvez en dire ce que vous voulez, personne ne vous écoutera. Nous sommes encore dans l’enfance, ceci explique cela » . Kamel Daoud fait partie de la jeune génération d’écrivains de la lignée de Tahar Djaout par son verbe subversif , vindicatif et irrévérencieux de bon aloi à l’endroit de ce qualifie Mostefa Lacheraf de « gesticulations héroïsantes et stériles ». Le danger est de cataloguer, d’enserrer dans des cases idéologiques et démagogiques une œuvre littéraire au lieu d’en fructifier la sémantique dans des perspectives esthétiques. Mostefa Lacheraf a été le fondateur de l’essai historique de réfutation des thèses coloniales et d’une critique sans concession du « qawmisme » arabo-islamiste et la génération d’historiens comme Daho Djerbal continuent l’introspection - prospection du « mal algérien ». S’agissant d’une œuvre littéraire à l’instar de “Meursault. Contre enquête” son engagement n’est pas, à notre avis, dans la Dénonciation mais dans son Enonciation. Il appartient au critique littéraire d’en estimer la force esthétique. La subversion participe de cette esthétique. Or, présentement, et, en raison de multiples facteurs, notamment l’assassinat par l’islamisme politique et ses relais à l’intérieur du système politique, de l’intelligentsia algérienne, dans la diversité des domaines des sciences et de la création, l’Algérie ne produit plus de symboles y compris dans « la réécriture de l’Histoire » inventée, construite non sur du mensonge mais sur de la fausseté. L’écrivain algérien, et Kamel Daoud l’a pressenti en quelque sorte dans Meursault. Contre enquête, a pour défi d’échapper non pas à la « censure » mais bien plus à la « Sensure », autrement dit à la castration du sens, avilissant la société. Si Kamel Daoud qui tient de l’esprit rebelle de Kateb Yacine, réunit à la fois l’écrivain iconoclaste et immodéré – au sens positif du terme - et le citoyen résolument et effrontément engagé dans la modernité au sens de l’intempestif nietzschéen, ce n’est pas le cas pour nombre d’auteurs qui se complaisent dans un folklorisme béat et condescendant, à l’abri des tempêtes et qui, pourtant, sont mis et exposés sur les devants de la scène médiatique et leurs livres, soporifiques, présentés comme des « best-sellers ». C’est ce double engagement, si fondu en Kamel Daoud, celui du renouvellement du sens littéraire – Meursault. Contre-enquête étant une relecture intelligente de L’Etranger - et celui de la libre parole publique, subversive et intempestive face à la mutité ambiante, qui manque présentement, cruellement, à l’écrivain algérien. Le premier roman de Salim Bachi,  « Le chien d’Ulysse » (Ed. Gallimard, 2001, prix Goncourt du premier roman) est esthétiquement plus puissant que Meursault. Contre-enquête. et pour Boualem Sansal  « Le serment des barbares » (Gallimard, 1999)   de Boualem Sansal - où l’image de « l’arabe » est similaire à celle de “Meursault. Contre- enquête” de Kamel Daoud – est plus corrosif à l’endroit du phénomène religieux et de ses fièvres délirantes que ne l’est sa fable politique 2084. « La fin du monde » qui reconduit bien de poncifs dans ce genre du conte fantastique. A contrario l’essai « Loin de Médine » d’Assia Djebar versée dans les lettres classiques arabes et maitrisant la culture et la geste coraniques nous semble être l’exemple de cette primauté de l’énonciation du fait religieux sur sa dénonciation. Peu de romanciers, comme le fait Leila Merouane dans son roman « La vie sexuelle d’un islamiste à Paris » (Albin Michel, 2007)  tournent en dérision le phénomène religieux et ses masques de pseudo-modernité dans un personnage loufoque dans sa religiosité même, une sorte de croyant -bouffon. Cette conscience séculière sur le fait religieux est la matrice de l’œuvre poético-romanesque de Nabile Farès et de Tahar Djaout. Elle s’y énonce par la feintise de l’innocence et de la naïveté d’un regard et d’un langage neufs, une sorte d’écriture « autistique » qui se construit dans l’ « illisibilité » comme procédé littéraire car les mots vieillis tels « terroriste », « massacre », « incursions », « terrorisme », « extrémisme religieux » ne sont plus signifiants pour exprimer ou imprimer la démesure de l’hécatombe de l’Algérie de la postindépendance. Il faut un nouveau langage, de nouveaux concepts littéraires : « Œil omniscient », « Frères vigilants » de Tahar Djaout, « réalités ogressales » de Nabile Farès dans « Il était une fois, l’Algérie » (Achab, 2011), « meute de chiens ensauvagés », bestiaire fabuleux de Mohamed Dib dans « Si Diable veut » (Albin Michel, 1998). Cette exigence esthétique des œuvres djaoutiennes et farésiennes est participative d’une « post-graphie de l’horreur » qui abandonne les clichés érodés de ce qui est communément qualifié de « littérature de l’urgence ». Ainsi, la dénonciation aussi véhémente soit-elle du phénomène hystérique du « croyant » qui neutralise le « citoyen » exige du romancier un travail sur l’aspect formel de son œuvre. Or, l’exploitation littéraire du terrorisme islamiste avec ces vieux mots et ce langage abscons a produit l’effet inverse de sa dénonciation. En effet, si l’ancien maquisard de 1954 est décrédibilisé, n’est plus un repère et un père dans l’espace fictionnel, le personnage du terroriste du G.I.A ( groupe islamique armé) est valorisé, il occupe l’espace fictionnel qu’il met à son profit pour s’innocenter, le transforme en plaidoiries d’innocentement, arguant le fait qu’il est lui-même victime du bourreau qu’il est devenu, s’inventant des circonstances atténuantes comme le personnage de Walid Nafa dans « A quoi rêvent les loups » de Yasmina Khadra. C’est en réaction au plébiscite de Kamel Daoud en France, le succès de ses tournées médiatiques, l’avalanche des prix pour son Meursault. Contre-enquête qu’il a été décidé, en une réaction épidermique, à l’échauffourée, et non moins décision officielle la création du « Grand prix du roman algérien » dans le cadre du Salon international du livre d’Alger. Ce lancement du prix littéraire « Assia Djebar » se veut-il l’arbre qui cache la foret ? Car, l’institution d’un prix littéraire par un organisme étatique suppose, en amont, une dynamique, un mouvement, un nouveau souffle de la production littéraire, livresque d’une manière générale. Or, ce prix intervient à un moment d’une déliquescence profonde de la production artistique et symbolique qui est allée s’aggravant à mesure que l’autre crise, celle-là, institutionnelle, est au rouge. L’illettrisme, la prédation, la corruption systémique, érigés en mode de gouvernance, l’effritement des partis politiques toute tendance confondue, font de l’Algérie un territoire de « non sens ». Et, ce fut un cinglant camouflet pour la culture officielle algérienne moribonde de voir ce jeune algérien, journaliste, écrivain, celui-là même qui rompit le silence complice sur les massacres de Had Chekala, ce trublion héritier de la parole rebelle de Kateb Yacine, crever les écrans des médias français, croulant, pour ainsi dire, de prix littéraires, auréolé de gloire pour ce Meurault. Contre enquête alors que sept mois auparavant, il a été boudé par les médias algériens y voyant non le jeune homme de lettres et le journaliste impénitent mais l’instigateur du mouvement « barakat ». Le fait est sans doute inédit : un écrivain vivant et produisant en Algérie se voit plébiscité par les médias et universités de l’ancienne puissance coloniale. Evidemment l’on pourrait rétorquer que c’est parce qu’il a « osé » redonner vie à l’Arabe de Camus et peut-être titiller la mémoire sudiste des pieds-noirs…

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