Ouverture de l’audiovisuel

S’adapter ou disparaître…

07 Jan 2014
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L’ouverture de l’audiovisuel, signifiant de facto la fin du monopole étatique, est une affaire emballée et pesée. Abdelkader Messahel, le ministre de la Communication l’a rappelé encore lors de son passage hier sur les ondes de la radio, dans une intervention qui se veut comme une sorte  de service- après vente consécutif au malentendu provoqué par la lecture de l’article 7 du projet de loi actuellement en débat à l’APN. L’ouverture, selon lui   est « irrémédiable », selon le qualificatif employé par l’APS. Sans doute que le ministre voulait dire « irréversible », à moins de considérer cette ouverture comme  une sorte de mal contre lequel il n’y a plus de remède. Ce qui correspond à une vision largement partagée au sein du pouvoir où l’on redoute bien cette ouverture. Toujours est-il que  cette loi, tant de fois programmée pour être retirée, eu égard aux enjeux qu’elle sous-tend sera bel et bien discutée aujourd’hui par les députés. Elle «répondra aux attentes des gens du métier et au souci de protéger les institutions de l’Etat», explique Messahel. « Nous sommes un Etat de droit et nous travaillons pour la consolidation et l’élargissement de cet Etat de droit et à ce que le citoyen algérien puisse avoir de l’information crédible et des émissions qui le mettent en symbiose avec son environnement et son pays », a encore balisé  le ministre dont le propos trahit visiblement une sorte de frilosité. Sinon c’est quoi « l’information crédible », c’est quoi aussi « les émissions qui le(le citoyens) mettent en symbiose  avec son environnement et son pays » ? Ces formules restrictives ne sont pas sans nous rappeler, à bien des égards, celles  contenues dans le code de l’information de l’époque du parti unique qui  parlait d’information « responsables ». Tout en soulignant la volonté du gouvernement de faire adopter le texte pendant la session actuelle, le ministre  rappellera aussi le processus de l’élaboration de cette loi en insistant sur l’implication des spécialistes en audiovisuel, des journalistes et des patrons de chaînes privées, ainsi que des députés». Sauf que ces mêmes spécialistes qui se sont exprimés dans la presse comme le professeur Brahimi ont trouvé la copie du Gouvernement « nettement en deçà des propositions qu’ils ont avancés au moment des consultations ». Messahel a tenté aussi de minimiser la polémique autour de l’article 7 du projet de loi qui concerne les chaînes thématiques. Le ministre dit qu’il s’agit d’une «mauvaise lecture» et d’»une erreur de déduction de la version arabe vers le français». Pour lui, le texte de référence reste celui écrit en langue arabe. «le texte en arabe qui est très clair et explicite, note bien qu’une chaîne thématique se décline en une chaîne à un seul thème ou à plusieurs thèmes», ajoutant qu’»il est bien signifié qu’elle peut être une chaîne à programme unique ou multiple». En fait, le ministre pose un problème de sémantique qui renvoie in fine à un problème d’ordre politique. Dans les pays où l’audiovisuel est consacré, une chaine thématique est une chaine  dont le programme porte sur un seul thème. La musique, l’histoire, la cuisine, la montagne, les animaux  sont autant deb thèmes auxquels sont dédiés des télévisions. Mais une chaine généraliste est une chaine où sont traités tous les sujets y compris l’information. Si c’est le mot « généraliste » qui dérange Messahel qu’il le dise.  Ce jeu sémantique n’est pas sans rappeler aussi  les fameuses ACP, associations à caractère politique, acronyme utilisé dans la constitution qui avait consacré le multipartisme pour éviter de parler de « parti politiques » qui était encore un mot tabou. Par ailleurs, les chaînes de télévision privées qui diffusent actuellement en off-shore ont été conviées par le ministère de la Communication à récupérer les prorogations de leurs autorisations arrivées à expiration le 31 décembre dernier.  C’est un accord tacite entre les responsables de ces chaînes et le ministère. Les autorisations sont reconduites en attendant l’adoption de la loi», a indiqué une source au niveau du département de M. Messahel. Le directeur de la chaîne El Djazairia a estimé, pour sa part, qu’»il faut attendre de voir ces cahiers des charges pour pouvoir se prononcer», laissant entendre, cependant, que d’ores et déjà «la conformité à la loi sur l’audiovisuel ne posera pas problème». «On peut s’adapter», a-t-il dit. «Le projet de loi stipule que les chaînes seront thématiques avec quelques heures consacrées à l’information, cela nous convient car nous avons 10 heures d’information par semaine. C’est gérable», a-t-il précisé, ajoutant que le débat «se situe ailleurs».  De son côté, le directeur d’Echourouk TV, a noté que le texte de loi «se prête à plusieurs lectures», affirmant, dans ce sens, que «rien ne changera dans les programmes télévisuels de sa chaîne». «On évoque les chaînes thématiques or, je considère que le divertissement est une thématique, l’information en est une autre. Nous allons nous adapter à notre manière», a-t-il expliqué, indiquant qu’il a eu des discussions avec le ministre de la Communication et qu’il en a déduit que la thématique voudrait dire aussi «multi-thèmes».

Omar Zekri

Dernière modification le lundi, 06 janvier 2014 19:36
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