SANS PRÉSIDENT DEPUIS 31 JOURS

L’Algérie en pilotage automatique

28 Mai 2013
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Depuis hier, 27 mai, le président Abdelaziz Bouteflika a bouclé un mois d’absence du pays. Une première depuis son élection en 1999. Une absence due, comme chacun le sait, à un nouvel ennui de santé pour lequel il a été évacué le 27 avril dernier à l’hôpital militaire français du Val-De Grâce, établissement prestigieux, préféré par la nomenklatura du régime en délicatesse avec sa santé. Attaque ischémique transitoire( AIT) est le diagnostic officiel établi par le professeur Bougherbal, sommé depuis d’avaler sa langue, qui avait eu le temps d’expliquer à qui veut le croire que ce « pépin » exigeait tout de même quelques jours de repos. Aujourd’hui, 28 mai 2013 de l’an de « Grâce », on n’est plus dans « quelques jours » mais dans trente jours. Un laps de temps qui correspond, selon les spécialistes en cardiologie, à un AVC lourd. « Nous sommes plutôt dans un schéma clinique correspondant à un AVC avec des séquelles », croit comprendre le Pr AOY, de l’hôpital Zemerli « supposant » aussi que le transfert du président Bouteflika dans une résidence des Invalides « doit répondre au besoin d’une rééducation qui suppose donc altération des fonctions motrices et neurologiques » Selon le Pr AOY, la rééducation pourrait prendre plusieurs jours, voire plusieurs semaines. « Vous pensez bien que si le président pouvait être montré à la télévision, son entourage l’aurait fait volontiers pour couper court aux rumeurs » résume-t-il en expliquant que son propos « a un caractère strictement technique » Donc loin de toute appréciation politique. Mais, la politique, on est en plein dedans, en l’occurrence. Car il s’agit du Président de la République, la clé de voute du système politique algérien, le maître absolu qui avait refusé en 99 d’être un « trois quarts » de président. Conséquence de cette appropriation bonapartiste de tous les pouvoirs : l’Algérie navigue à vue. Une navigation à vue qui remonte au lendemain de la première hospitalisation en 2005, mais qui s’est accentuée depuis un mois. Et ce n’est pas l’activisme de Abdelmalek Sellal, avec son tour d’Algérie des wilayas pour donner des bonnes nouvelles sur son « excellence » qui « adresse ses salutations » au bon peuple ; ni les périples protocolaires de Bensalah pour les cérémonies d’investitures qui vont créer l’illusion d’un fonctionnement normal du pays. La maladie du président Bouteflika a bien provoqué une paralysie des institutions. Dont l’une des plus cardinal : le Conseil des ministres. Il ne s’est pas réuni depuis bientôt une année. Du coup, tout le processus législatif est bloqué, car tous les projets de loi à soumettre au parlement passent par « le CDM », comme disent les hauts fonctionnaires. Pas de projet de loi à discuter, les parlementaires (députés et sénateurs) se rabattent, faute de choix sur le vieux stock des questions orales chaque jeudi, pour faire croire à l’opinion que le parlement travaille, alors qu’on est, en vérité, en présence d’une session à blanc qui ne dit pas son nom. A l’horizon du mois de juillet pointe déjà une échéance : la loi de finance complémentaire. Elle doit être discutée d’abord en Conseil des ministres avant d’attérir sur le bureau d’ Ould Khélifa puis de Bensalah. L’entourage du président fait croire que les décrets continuent d’être normalement signés par lui, depuis sa résidence. Mais quelle validité juridique ont-ils ? Question que posent des juristes. Autre conséquence de l’absence du président : aucun candidat sérieux n’a exprimé son intention de briguer un mandat présidentiel, alors que nous sommes à moins d’une année de cette échéance. Dans des démocraties majeures, les candidats à une telle élection sont connus des années d’avance. En Algérie tout le monde est suspendue à la décision de Bouteflika. « S’il n’est pas candidat, je me présenterai » aurait dit Ali Benflis, selon un des ses proches qui s’est exprimé dernièrement sur TSA. Quid aussi du projet de révision constitutionnel ? Sachant que c’est le président Bouteflika qui est son maître d’oeuvre, pour justement baliser la succession, peut-on dire que sa maladie a rendu caduc ce chantier ? Une chose est aujourd’hui sûre : la maladie de Bouteflika a chamboulé le jeu politique, provoquant une absence totale de lisibilité. Mais certainement pas pour longtemps car l’Algérie, vu les contextes intérieurs et extérieurs, ne saurait s’accommoder indéfiniment d’un pilotage automatique. Car il y a risque de crash. Qu’à Dieu ne plaise !

Omar Zekri.

 

Omar Zekri.

 

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