Noms de rues

Et le devoir de mémoire ?

12 Mar 2018
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Il était indigné ce citoyen qui s’était rendu compte, il y a quelques jours d’une plaque de rue portant l’appellation « boulevard de la Libération » alors qu’à l’autre bout, au coin du premier immeuble de l’ensemble résidentiel Les Frênes, une ancienne plaque indique « rue des Frères Terfaya ».  Cette voie débute à l’intersection des boulevards du 1er novembre et Mustapha Ben Boulaid, avec d’un côté La Ménadia et de l’autre Les Frênes et aboutit à la Corniche. L’appellation boulevard de la Libération remonte au colonialisme et a été remplacée à l’indépendance, par le nom de frères martyrs de la Révolution, natifs d’Annaba, dont la maison située à la cité Auzas, « dar Terfaya », existe toujours. Plus, le frère aîné Hamouda, un héros de la Révolution, a été l’un des premiers algériens guillotinés à l’Est du pays, dans la prison d’El Koudia à Constantine, le 8 février 1957, avec trois compagnons d’armes. Il avait raison d’être indigné ce citoyen, c’est toute une mémoire collective qu’on enterre ainsi doublement car l’appellation coloniale est actualisée sur Google Map. Et si on continue à s’interroger sur ce devoir de mémoire ignoré à Annaba, on peut apprendre, coïncidence de l’histoire, qu’à Oran une rue porte le nom d’Abdelaziz Kheladi, autre natif d’Annaba qui a grandi avec le chahid Hamouda Terfaya et ses frères dans leur maison de la cité Auzas ! Ce moudjahid, qui faisait partie du MALG est décédé juste après l’Indépendance, mais personne ne le connaît dans sa ville, contrairement à Oran, à l’autre extrémité du pays ! Ne vous trompez pas, ce n’est aucunement un « exercice de patriotisme » mais la simple logique historique parce que ce qui cimente un peuple c’est sa mémoire collective. Là il s’agit particulièrement de la communauté annabie et de ceux qui en sacrifiant leur vie, lui ont permis de vivre libre aujourd’hui. Si on va plus loin, on s’aperçoit que cette mémoire collective est plus qu’ignorée, elle est maltraitée quand on indique seulement la date de naissance de Saouli Abdelkader sur la plaque qui porte son nom. Ou Abderrahmane Bensalem, oublié de l’histoire, quand son nom a été remplacé par celui de Rabah Bitat sur le fronton de l’aéroport. Rabah Bitat était un grand homme et son nom ne dépare pas Annaba mais sa ville c’est Constantine alors qu’Annaba est celle de Bensalem. A-t-on déjà oublié ce qu’avait donné Bouhadjar, alors partie du département de Bône, à la Révolution ? Et les Béni Salah, cauchemar de l’armée coloniale qui les a surnommés « Béni salaud », une insulte pour les coups qu’ils lui ont portés ? Comment peut-on en vouloir aux jeunes d’aujourd’hui qui ne se sentent pas liés à leur pays quand on leur occulte ainsi leur histoire ? Dans une semaine, il y aura 56 ans depuis le « cessez le feu » qui aura mis un terme à plus de 7 années de souffrances pour tout un peuple et à 132 ans d’occupation coloniale, n’est ce pas une occasion pour un réveil de cette mémoire collective ? L’occasion de rappeler aux Annabis, les noms de ceux de leur communauté, décédés ou encore vivants qui ont fait cette nation avec leur sang !

Ammar nadir

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