"Projet Pegasus" :

4 questions pour comprendre le scandale mondial du logiciel espion israélien

22 Juil 2021
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Forbidden stories et Amnesty International ont révélé le 18 juillet la surveillance massive de journalistes à travers le monde, par l'intermédiaire du logiciel espion israélien Pegasus. La Dépêche du Midi vous propose, au travers de quatre questions, de comprendre ce qu'implique ce scandale technologique mondial.

Comment fonctionne Pegasus ?

Pegasus est un logiciel espion ultrasophistiqué. Il permet de s’introduire dans n’importe quel Smartphone. À ses débuts, il fallait que l’utilisateur clique sur un lien corrompu. Aujourd’hui, le logiciel peut être installé sans action de la part de la personne visée. Le système est capable d’entrer dans un téléphone de façon totalement invisible, sans aucune aide extérieure. Il repose sur la détection des failles au sein des applications et logiciels, présents dans tous les smartphones, qu’ils soient IOS (iPhone) ou Android. Ces systèmes comprennent des millions de lignes de code très complexes, les erreurs sont donc inévitables. Découvrir les défauts avant que les entreprises à leurs origines ne les corrigent, c’est le moyen de pouvoir infecter tous les utilisateurs.

Qui est à l’origine de ce logiciel espion?

En 2009, Niv Carmi, Shalev Hulio et Omri Lavie fondent l’entreprise "NSO", acronyme de leurs trois prénoms. Cette start-up israélienne se spécialise dans la sécurité informatique et embauche des pirates informatiques d’élites, d'anciens militaires ou des officiers des services secrets et vétérans de l’appareil sécuritaire israélien. À ses débuts, elle se vante d’être une arme pour lutter contre les organisations criminelles et le narcotrafic. Dès 2010, elle trouve son premier client, le Mexique, et au fil des années, un bon nombre de pays comme le Maroc, l’Arabie saoudite, l’Inde ou la Hongrie. Une quarantaine d’États ont été séduits par le logiciel selon NSO. Pour quelques millions de dollars, ils s’offrent une technologie des plus avancées dans l’espionnage informatique et peuvent accéder au contenu des téléphones de leur choix, en restant totalement indétectables.

Que révèle l’investigation "Pegasus Project" publiée le 18 juillet 2021 ?

En 2016, Citizen Lab, un département de l’université de Toronto, avait déjà révélé l’utilisation de Pegasus à des fins moins légitimes que la lutte contre le crime organisé. Ce département spécialiste dans l’analyse des logiciels espions découvre la présence de NSO derrière un message suspect envoyé à Ahmed Mansoor, un activiste très critique du régime aux Emirats arabe unis. D’autres enquêtes ont ensuite sorti l’entreprise israélienne de l’ombre médiatique, et dénoncé Pegasus comme un outil permettant à des gouvernements de placer sous surveillance des avocats, journalistes et opposants politiques. Plus de 80 journalistes, issus de 17 médias et 11 pays différents, ont notamment mené une investigation coordonnée par Forbidden stories avec le soutien technique du Security Lab d’Amnesty International. Ils ont eu accès à plus 50 000 numéros de téléphone ciblés par les clients de NSO Group : au moins 180 journalistes dans 20 pays différents ont été victimes de Pegasus. En France, plus de 1 000 personnes seraient concernées et ciblées via le Maroc. De nombreux journalistes du Monde, France Télévisions, France 24, Médiapart, ou encore du Canard Enchaîné ont été mis sous surveillance. 

En quoi Pegasus représente une menace ?

En ciblant des journalistes, des avocats et des opposants politiques, Pegasus menace la liberté de la presse, met à mal le principe de protection des sources et expose les opposants aux régimes autoritaires. En 2018, NSO avait ainsi été impliqué dans un scandale mondial : l’assassinat du dissident et journaliste Jamal Kashoggi dans le consulat d’Arabie saoudite en Turquie. Après l’examen du téléphone d’un de ses amis, Omar Abdulaziz, Citizen Lab y a constaté la présence du fameux système espion. Or Jamal Kashoggi lui avait envoyé un grand nombre de messages critiquant le prince héritier Mohammed Ben Salman. Les services saoudiens ont pu grâce au logiciel y avoir accès, puis commanditer son assassinat. Laurent Richard, le fondateur de Forbidden stories, explique sur Franceinfo : "Le but de tout ça, c'est de pouvoir vous faire chanter en récupérant des éléments sur vous. C'est de pouvoir connaître l'histoire que vous allez publier dans quelques jours. C'est de pouvoir savoir quelle est la source à laquelle vous parlez et d'aller ensuite "infecter" la source pour savoir ce qu'elle va vous dire." Concrètement, ni les journalistes, ni les sources n’y échappent et la liberté d’expression s'en trouve grandement menacée. L'analyse du portable d'Edwy Plenel, fondateur de Médiapart, montre qu'il a été mis sous surveillance en 2019 lors de sa visite à un festival culturel au Maroc. Il dénonce la volonté du pouvoir marocain de l'utiliser pour réprimer les journalistes indépendants du pays et pour "museler la presse".

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