Financement de la campagne électorale

L’argent aura-t-il une odeur ?

16 Nov 2019
1325 fois

Les cinq candidats en lice pour l’élection présidentielle sont tenus de déclarer l’origine du financement de leurs campagnes électorales, et ce conformément aux dispositions de la loi organique relative au régime électoral. Ainsi, et en vertu de l’article 190 du régime électoral, les cinq postulants à la magistrature suprême doivent impérativement se conformer à la loi, en affichant, documents à l’appui, les sources de leur financement. L’article cité plus haut stipule que les campagnes électorales sont financées au moyen de ressources provenant de la contribution des partis politiques, de l’aide éventuelle de l’Etat, accordée équitablement et des revenus des candidats. Théoriquement, tout est donc clair par rapport à cette question, qui, par le passé faisait l’objet d’une opacité coupable à plus d’un titre. Aujourd’hui, et la veille d’une campagne électorale problématique et incertaine, pour des raisons liées au rejet populaire de cette élection, si Abdelaziz Belaid, Abdelkader Bengrina, Ali Benflis et Azzedine Mihoubi peuvent compter sur le soutien de leurs formations, ce n’est nullement le cas d’Abdelmadjid Tebboune, dont on ignore encore les cercles, qui vont financer ses déplacements, ses meetings et sa campagne de publicité. Etiqueté comme le candidat du système, il est désormais tenu plus que les autres, à prouver l’origine des fonds, qui seront mis à sa disposition, au risque de donner raison à tous ceux qui soupçonnent l’Etat d’être derrière lui. Hier, et lors du 39ème vendredi du « Hirak », les cinq candidats ont eu un aperçu sur le climat et les conditions dans lesquelles, ils sont appelés à faire face à un mouvement populaire, qui les a déjà intégrés dans la liste des « Yatnahaou gaâ ». Comment vont-ils procéder pour que l’argent qu’ils vont dépenser ne soit pas « gaspillé » pour rien ? On sait que la loi leur interdit de recevoir, de manière « directe » ou « indirecte », des dons en espèces, en nature ou toute autre contribution quelle qu’en soit la forme, émanant d’un Etat étranger ou d’une personne physique ou morale de nationalité étrangère. Alors, d’où vont-ils tirer les fonds nécessaires à leur campagne, dans un climat aussi délétère ? Les 100 millions de dinars, que la loi leur a fixés comme un seuil à ne pas dépasser, sauf dans le cas où ils atteignent le second tour, paraissent certes dérisoires au regard des enjeux réels, mais c’est toujours de l’argent. Les Algériens auront donc à cœur de savoir d’où il vient. Théoriquement, tous les cinq sont tenus d’établir un compte de campagne retraçant, selon leur origine et selon leur nature, l’ensemble des recettes perçues et des dépenses effectuées. Le compte en question, présenté par un expert comptable ou un commissaire aux comptes, est adressé au Conseil constitutionnel et à l’Autorité nationale indépendante des élections. Mais qu’à cela ne tienne. Cela pourra-t-il convaincre l’opinion publique que des dépassements n’ont pas eu lieu ? Comment assurer les Algériens sur l’origine de l’argent, dans la mesure où le Conseil constitutionnel se limite à priver le ou les candidats des remboursements prévus par les articles 193 et 195, en cas de rejet du compte de campagne électorale ? Un des membres de l’ANIE avait certifié que l’argent des candidats sera filtré par un commissaire aux comptes et que des « investigations » seraient menées dans ce sens. Mais l’ANIE a-t-elle le pouvoir d’aller jusqu’au bout ? En cas de doute, il est certes demandé au candidat de révéler les sources de financement de sa campagne si les dépenses sont excessives. Mais ça servira à quoi, en fin de compte ?

Mohamed Mebarki

Évaluer cet élément
(2 Votes)

Quotidien indépendant d’information édité par la E.U.R.L. Hippone Edition et Communication.

Rédaction & Publicité : 6, Place Tarek Ibn Ziad - Annaba

Rédaction: Tél & Fax : 038.45.90.15

Publicité: Tél-Fax : 038 45.90.16

Bureau de Constantine : Maison de la Presse Tél/fax: 031.61.60.79 

Bureau de Souk-Ahras : 8, place de l’Indépendance (ex place Thagaste )
Tél - fax : 037 31.08.53

Bureau de Skikda : 6, Rue Mostefa Benboulaïd  - Tél : 038 76.57.85