De hauts responsables de l’Etat emprisonnés

Une première dans les annales de la justice

15 Jui 2019
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Les événements se précipitent après que le mouvement populaire eut fait irruption le 22 février pour s’insurger contre le 5ème mandant que voulait briguer Bouteflika dans la perspective de pérenniser le système et devenir rapidement une revendication d’une refondation d’une deuxième République. La purge qui a commencé avec la démission de Bouteflika s’accélère. La justice a lancé des enquêtes et placé en détention provisoire d’anciens responsables et d’influents hommes d’affaires, notamment pour des faits présumés de corruption. Flash-back. Le 3 avril dernier, l’ex-président du FCE, Ali Haddad, richissime homme d’affaires proche de Bouteflika, est écroué, quelques jours après son arrestation nocturne à un poste-frontière avec la Tunisie. Patron du n°1 privé du BTP en Algérie, Haddad avait démissionné fin mars dernier de la présidence du Forum des chefs d’entreprise (FCE). Il a été arrêté après la découverte de devises non déclarées et de deux passeports —une infraction selon la législation— mais aussi parce qu’il était également visé par une enquête pour corruption, selon son avocat.Le 23 avril dernier, Issad Rebrab, PDG du premier groupe privé d’Algérie Cevital et considéré comme la première fortune du pays, avait été placé en détention préventive. Plutôt connu pour entretenir des relations tendues avec l’entourage de Bouteflika, qu’il accusait de bloquer ses investissements, il était soupçonné de «fausses déclarations» en matière de transferts de capitaux et d’importations.Le 24 avril dernier, trois hommes d’affaires, Karim, Noah-Tarek et Réda Kouninef, membres d’une famille proche de Bouteflika, avaient été placés en détention provisoire, après avoir été entendus dans une affaire de «trafic d’influence». Une quatrième personne, un dirigeant d’entreprise, avait également été écrouée dans cette affaire. Les frères Kouninef sont soupçonnés notamment de «non-respect des engagements contenus dans des contrats conclus avec l’Etat et de trafic d’influence avec des fonctionnaires pour obtenir des privilèges». La famille Kouninef est propriétaire du groupe KouGC, spécialisé notamment dans le génie civil, l’hydraulique et le BTP et attributaire d’importants contrats publics. Le 24 avril dernier, Hamid Melzi était limogé de son poste de directeur général de l’établissement public Sahel, gérant une luxueuse résidence réservée aux dignitaires du régime et une société hôtelière publique. Il a été inculpé le 7 mai dernier pour «espionnage économique», «atteinte à l’économie nationale», et incarcéré, selon une source proche de l’enquête. Le 10 juin dernier, un puissant homme d’affaires, Mahieddine Tahkout, patron notamment d’une usine de montage automobile et proche de M. Bouteflika, a été inculpé et placé en détention préventive dans des affaires de corruption. Le 29 avril dernier, le ministre des Finances Mohamed Loukal, ancien gouverneur de la Banque centrale, était entendu par le parquet dans des affaires de «dilapidation» de fonds publics. Il ressort libre de son audition. Il est le premier responsable gouvernemental auditionné par la Justice depuis l’ouverture médiatisée d’enquêtes judiciaires sur des affaires de malversations et de corruption.Le 29 avril dernier, l’ex-patron de la police Abdelghani Hamel, limogé en juin 2018, était entendu au tribunal de Tipaza. Selon la télévision nationale, le général Hamel et l’un de ses fils «font face à des accusations d’activités illégales, de trafic d’influence, de détournement de biens fonciers et d’abus de fonction».Le 5 mai dernier, Saïd Bouteflika, frère et puissant conseiller de l’ex-président Bouteflika, et deux ex-chefs des services de renseignements —les généraux Mohamed Mediène dit «Toufik» et Athmane Tartag alias «Bachir»— avaient été placés en détention provisoire. Ils sont poursuivis pour «atteinte à l’autorité de l’armée» et «complot contre l’autorité de l’État». Mercredi dernier, l’ex-Premier ministre Ahmed Ouyahia, proche de Bouteflika, a été placé en détention provisoire après son audition par un juge d’instruction dans des affaires «de dilapidation des deniers publics, d’abus de fonction et d’octroi d’indus privilèges». 

R.C

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