Il y a 37 ans, le printemps amazigh

Quel bilan en tirer ?

20 Avr 2017
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Aujourd’hui, 37 ans se sont écoulées depuis les événements du printemps amazigh d’avril 1980. Quel bilan faire de cette toute première contestation populaire, maintenant que la revendication identitaire est prise en charge officiellement avec la constitutionnalisation comme «seconde langue officielle» du pays de la Tamazight? Les avis divergent et divergent trop même sur ce butin d’un mouvement que l’on n’arrive pas encore à décrypter et à explorer comme il se doit. Car si pour les uns, ce que leurs détracteurs appellent les éternels insatisfaits, rien n’a été fait dans le sens de la réhabilitation du fait amazigh dans sa globalité, qualifiant la dernière constitutionnalisation, en février 2016, de tamazight comme seconde langue officielle aux côtés de l’arabe qui, elle, est érigée en langue officielle de l’Etat, d’une énième «ruse» du pouvoir à l’effet de pervertir la revendication identitaire, il n’en est pas de même pour les partisans de la stratégie des petits pas consistant à prendre acte de toute avancée aussi minime soit-elle, tout en restant sur ses gardes quant à d’éventuels renoncements ou louvoiements du pouvoir en place. Ce qui a eu pour effet, et les événements tragiques du printemps noir d’avril 2001 dont on célèbre le 16e anniversaire, avec les dizaines de jeunes assassinés et d’autres traînant des handicaps à vie, ont en accéléré la cadence, l’émergence de courants autonomistes puis carrément indépendantistes, venus disputer le terrain aux deux principaux partis portant, à bras-le corps, la revendication identitaire, le RCD et le FFS. D’ailleurs, le parti que présidait à l’époque Saïd Saâdi avant d’en céder les rênes en 2012, avait pris les devants en revoyant son programme politique, prônant depuis l’automne 2001 une «régionalisation modulable», une sorte d’autonomie au pluriel à accorder aux diverses régions du pays, suivant leurs spécificités culturelles et sociales, invitant à revisiter, fort-à-propos, la glorieuse révolution de novembre 1954, en renouant avec le judicieux découpage en wilayas historiques adopté lors du congrès de la Soummam. Pour Saïd Saâdi qui, du haut de ses 70 ans qu’il aura bouclés en août prochain, le mouvement d’avril 1980 a produit la matière politique qui irrigue aujourd’hui le débat national. Il a, a-t-il estimé dans un tout récent entretien médiatique, qu’Avril 1980 a provoqué «une césure qui a permis de libérer l’esprit algérien de la fatalité, du suivisme, du renoncement et surtout de l’uniformisme. C’est avril 80 qui a évité au citoyen de régresser vers ces états de conditionnement où on voit des femmes et des hommes réduits à saliver devant les délires de despotes. Et c’était exactement cela qui couvait dans le pays». Et à la différence des événements d’octobre 1980, Saâdi considère qu’avril 1980 était une «remise en cause de l’ordre établi avec des propositions alternatives» avec, insiste-t-il, la pédagogie de combat pacifique inventée dans l’univers de violence et d’opacité qui a structuré le mouvement national» Pour celui qui vient de consacrer un ouvrage à Chérif Kheddam, le défunt militant de l’ombre du combat identitaire, les mentalités ont considérablement évolué par rapport au fait identitaire amazigh même si beaucoup reste à faire. «À l’époque où nous étions traités de suppôts de l’impérialo-sionisme et de la franc-maçonnerie par la télévision, on ne pouvait pas imaginer voir un jour des affiches du FLN écrites en tifinagh. Avec des fautes mais en tifinagh quand même», affirme Saâdi qui estime que lui et sa génération de militants, «n’ont pas fini le travail mais il est bien amorcé», car pour lui, «on ne mène pas un combat pour assister à son aboutissement ou pour jouir du pouvoir : on mène un combat parce qu’on est persuadé qu’il est juste». Plein d’espoir comme il n’y en a pas un comme lui, l’ex-président du RCD, qui, soit dit en passant, poursuit son combat loin des feux de la rampe, s’attelant à un travail de mémoire, multipliant ouvrages par-ci et conférences par-là, animera, demain à Aïn-Béniane, banlieue de l’ouest de la capitale, un meeting en compagnie de deux de ses camarades de lutte, Saïd Doumane et Arab Aknine, considère que «les matériaux d’une construction d’une Algérie apaisée, plurielle, riche d’elle-même consciente de sa destinée existent. Notre génération, du moins ceux qui sont restés fidèles à ce que j’appelle le premier sacrement, a introduit ce qui a le plus manqué dans le combat politique d’après-guerre : ce sens de la perspective historique». A noter que cet événement sera célébré officiellement à travers nombre d’activités culturelles initiées par les directions de la jeunesse et de la culture de trois wilayas de la Kabylie, Tizi-Ouzou, Béjaïa et Bouira alors que le RCD, comme à son habitude, organisera ses traditionnelles marches populaires ponctuées de meetings. Le MAK, le mouvement indépendantiste et le RPK (Rassemblement pour la Kabylie), dernier venu sur la scène locale en Kabylie, né d’une dissidence d’avec le MAK, seront du rendez-vous avec, chacun, sa marche dans la capitale du Djurdjura.

A.K.

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